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Domie Houchard, crayon sur papier, 2018

  Dernier ajout août 2022 

FAMILLES D'ESCLAVES ET DE LIBRES
À SAINT LOUIS -ÎLE DE LA RÉUNION

Recherches généalogiques et historiques pour tenter de reconstituer l'histoire de familles d'esclaves et/ou de Libres de couleur à Saint Louis - La Réunion.

 

Quelques histoires de vie

 

 

 

Dépouillement des registres d'Etat civil  de Saint Louis, par années et par maître.

Généalogies détaillées en accès libre, sur Généanet

 

 
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LA PAROLE DES MAÎTRES

Avertissements au sujet des registres d’état civil 

  Les relevés effectués à partir de ces registres ne constituent pas une représentation fidèle de la population servile et n’ont donc pas de valeur statistique. Avant 1790, les registres d’état civil étaient tenus par les prêtres. Or tous les maîtres ne baptisaient pas leurs esclaves et seuls quelques uns célébraient des mariages d’esclaves. Après la révolution française, les actes sont rédigés par des officiers de la municipalité mais les propriétaires rechignent toujours à déclarer la totalité de leurs esclaves. Beaucoup d’entre eux tentent en effet d’éviter les taxes établies par "tête d'esclave", et/ou ne peuvent déclarer des esclaves acquis illégalement, après l’abolition de la traite. En 1792, dans un mémoire à l'Assemblée Coloniale, J. L. Benoît déclare qu'il est "de notoriété publique que jusqu'à présent on n'a jamais recensé que les deux tiers des noirs existant dans la colonie" (ADR, L154).

  De plus,, l’initiative des enregistrements d'état civil venait forcément des maîtres et rien ne prouve que les liens décrits correspondaient à une réalité : « Les unions d’esclaves étaient le plus souvent décidées par les maîtres, qui pouvaient les dissoudre si bon leur semblait, en vendant séparément hommes et femmes. Les enfants nés de ces unions étaient la propriété exclusive du maître, qui pouvait les vendre dès qu’ils étaient en âge de travailler, c’est à dire à huit ans. » (1)

 

   Pour les maîtres, la famille esclave est en effet d’abord le lieu de la reproduction de la main d’œuvre servile. Françoise Verges rappelle que « Les femmes captives étaient violées dans les baraquements des ports négriers sur les côtes africaines et dans les bateaux négriers, une femme enceinte ayant plus de valeur marchande, comme l’enfant à naître » . Suite au déséquilibres des sexes sur les habitations, la femme esclave devient ensuite une proie à la fois pour les autres esclaves et pour son maître :« Si les conséquences de cette disproportion entre hommes et femmes sur les relations sociales et intimes ne peuvent faire l’objet que de suppositions, il est sur que le sadisme le plus violent fut exercé sur le corps et le sexe des femmes esclaves. » (2). Le maître contribuait en effet souvent directement à la reproduction de la main d’œuvre gratuite. « Ces enfants métis étaient confiés, bien sur, à leurs mères, qui les élevaient comme leurs autres enfants noirs. Les femmes avaient souvent des enfants provenant de plusieurs unions successives et dont elles étaient seules à assurer la charge. » (3)

 

    Si plusieurs témoins décrivent des « cases de noirs » qui abritaient soit des célibataires , soit une famille légitimement mariée, il reste difficile de comprendre quelle était la nature réelle des relations entretenues par les couples dont le mariage était enregistré. Qui était le père des enfants dont les baptêmes sont effectués les années suivantes ? Impossible de répondre à ces questions, sauf lorsque les liens familiaux sont confirmés par d’autres sources : actes d’affranchissements par exemple. On observe en effet que si les quelques libres de couleur recensés à Saint Louis à la fin du 18e siècle ont subis des mariages d’esclaves, les couples perdurent souvent et surtout, la plupart d'entre eux s’escriment à obtenir l’affranchissement de membres de leur famille : enfants, parents, neveux,…

   En conclusion,si les actes recensés dans les registres ne correspondent pas toujours à de véritables familles, il est indéniable que les esclaves tentaient dans la mesure du possible de conserver des liens de parenté. Peu de documents permettent de retracer la vie des esclaves à la Réunion, les registres d’état civil ne sont donc pas à négliger en dépit des approximations.

 

Il faut se souvenir, enfin, que les déclarations à l'état civil étaient d'abord effectuées pour les esclaves dits "de confiance", c'est à dire en général les domestiques, qui résidaient à côté de la case du maître, avec lequel ils avaient même parfois des liens de parenté. Selon Prosper Eve, d’ailleurs, certains maîtres organisaient et participaient aux fêtes des noces de leurs esclaves et leur fournissaient le logement et les ustensiles nécessaire à leur installation. (4)

 

 

(1)  Clélie Gamaleya, « Filles d’Héva, trois siècle de l’histoire des femmes à La Réunion », 1991,, p 68

(2)  Françoise Verges- Le ventre des femmes – Capitalisme, racialisation, féminisme,  Albin Michel; 2017,  p100

(3)  Clélie Gamaleya, « Filles d’Héva, trois siècle de l’histoire des femmes à La Réunion », 1991,  p 69

 (4)  Prosper Eve, « le bruit du silence » . Parole des esclaves de Bourbon de la fin du XVIIe siècle au 20 décembre 1848 , CRESOI - Océan éditions; 2010, p55

LES SOURCES:

LES REGISTRES D'ÉTAT CIVIL et LES RECENSEMENTS

Archives  accessibles en ligne :

  • sur le site ANOM

  • sur les site des AD de la Réunion, pour compléments partiels au fond des ANOM  ( registres d'état civil d'esclaves à partir de 1804

D'AUTRES SITES

DES LIVRES

  • BESSIERE Philippe - Les Libres de couleur, à Bourbon, à la fin du XVIIIe siècle : naissance d’un acteur dans le changement social, - Maîtrise, sous la dir. de Claude Wanquet ; 1996.

 

  • Prosper Eve - Les esclaves de Bourbon -la mer et la montagne, Karthala, Université de La Réunion; 2003

  • Prosper Eve, - Le bruit du silence. Parole des esclaves de Bourbon de la fin du XVIIe siècle au 20 décembre 1848 , CRESOI - Océan éditions; 2010

  • Prosper Eve - Variations sur le thème de l'amour à Bourbon à l'époque de l'esclavage, Océans édition; 1999

  • Prosper Eve - Petit précis de remise ne cause des idées reçues sur les affranchis de 1848 à la Réunion, Océans édition; 2009

  • Sudel Fuma - L'esclavagisme à la Réunion 1794-1848, ed. L'Harmattan/ Université de La Réunion; 1992

  • Clélie GAMALEYA, - « Filles d’Héva, trois siècle de l’histoire des femmes à La Réunion » ; 1991

  • Albert LOUGNON _ L'Île Bourbon pendant la Régence Ed. Larose- Paris, 1956

  • Bruno Maillard - L'impossible bagne : les « envoyés » de l'île Bourbon à Sainte-Marie de Madagascar, Dans Annales historiques de la Révolution française 2014/1 (n° 375), pages 115 à 138, 2014.

​​

  • Françoise VERGES - « Le ventre des femmes – Capitalisme, racialisation, féminisme, Albin Michel; 2017

  • Claude Wanquet- Histoire d'une révolution. La Réunion (1789-1803), ed Jeanne Laffite, 1980  ,

    • [article], Annales historiques de la Révolution française  Année 1979  237  pp. 495-506

 

  • Mozambique - Réunion Escalvages, mémoires et patriùone dans l'océan Indien, Ouvrage collectif, ed. Sépia

LES FAMILLES D'ESCLAVES:

  • Esclaves Bénard

    • Famille de Laurence 1784- (en construction)

LES FAMILLES DE LIBRES:

LE CONTEXTE HISTORIQUE:

 
 
 
 
 
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